Il est commun d’entendre des encouragements à s’orienter vers un métier passion. Et il est vrai que la passion donne de la force et de la persévérance pour avancer, et même bien souvent de la joie dans l’accomplissement de soi. Tout ceci est très positif pour l’épanouissement personnel dans le monde professionnel.
Toutefois, et au risque de passer pour un grincheux, ça ne suffit pas. Parce qu’il n’y a pas d’expérience sans patine, sans labeur recommencé. Il faut une part de dévotion à la tâche qui dépasse cette histoire de passion. Il me semble que ce goût de l’effort a un peu disparu dans les cursus technologiques et dans certaines entreprises, et c’est fort dommageable.
Creuser, sans relâche, le sillon du savoir-faire
On gagne en pertinence en ayant acquis des automatismes par la répétition, qu’il s’agisse d’une action de production ou d’un processus de qualité, d’un audit ou d’un travail de maintenance. Futurs diplômés, jeunes débutants, il faut arrêter avec le conte de fées. La vie professionnelle n’est pas une partie de plaisir. Ce qui ne signifie pas non plus que c’est une sinistre torture.
Chez enioka, nous croyons beaucoup à un apprentissage de compagnonnage. Et les compagnons, sur la route quelquefois austère et difficile, savent prendre des pauses dans les auberges pour des moments festifs partagés ! Simplement il faut rappeler que le sens du travail bien fait et la qualité exigent de la patience. Il n’y a pas de quick wins dans nos métiers, ça ressemble très vite à du bluff et il y a des conséquences néfastes techniques, fonctionnelles et humaines.
La récompense ne précède pas l’effort
Ce que nous partageons tous, chez enioka, c’est un goût de l’effort, non pas pour simplement se dépasser (soyons modestes et laissons ça aux sportifs professionnels) mais parce que nous sommes faces à des enjeux et défis technologiques qui dépassent la seule production logicielle ou le conseil. Robustesse, sobriété, compatibilité, intégration, usage… Il faut beaucoup d’empathie pour comprendre non pas ce que notre client veut, mais pour traduire cela en ce dont il a besoin et pour lequel il va non seulement nous rémunérer, mais en plus nous remercier.
Nous sommes là pour guider ses choix, expliquer, faire, concevoir. Et tout ceci réclame de la rigueur, de la constance. Je vous l’accorde, ce n’est a priori pas ce qu’il y a de plus excitant. En revanche, c’est ce qui paye, à tous les sens du terme. Tout le monde a envie d’être un champion, mais qui aime s’entraîner ? Et bien sans le second, il n’y a pas de premier.
Chercher le plaisir de l’effort
Alors évidemment, il convient de rendre l’effort supportable. Pour cela, il doit être varié en qualité pour apprendre sur différents plans et domaines, varié dans la temporalité pour prendre des temps de ressourcement, varié par les contextes d’apprentissage et les compagnons. Personne n’a dit qu’il fallait aveuglément reproduire les mêmes exercices en permanence comme au bagne.
La variété d’exercices est même essentielle pour conserver le plaisir de l’effort sans qu’il devienne lassant ou pénible. Mieux, elle permet d’éviter une sur-spécialisation desséchante et appauvrissante.
Arrêtez de suivre vos passions
Je vous engage à écouter ce discours de Scott Galloway, qui a déclenché ma réflexion : « Arrêtez de suivre vos passions : ceux qui vous disent ça sont déjà riches. Trouvez ce pour quoi vous êtes bons et pour quoi vous allez être persévérant, sacrifier du temps et de l’énergie. Alors seulement viendra la reconnaissance par le prestige et l’argent, la camaraderie d’avoir traversé les difficultés. C’est ça qui va vous rendre passionné de votre travail. Personne ne naît passionné d’optimisation fiscale. […] Le travail est dur, il y a des obstacles et des injustices. La passion ne surmonte pas ça, mais la persévérance oui. »
Pas mieux.
Alors, faites-vous un métier par passion ou bien êtes-vous devenus passionnés par votre métier ?
